Informatique responsable et

Le référentiel général d’écoconception de services numériques

Un service numérique peut sembler immatériel, mais sa conception mobilise des terminaux, des réseaux, des serveurs et des ressources énergétiques. Le référentiel général d’écoconception des services numériques, ou RGESN, aide les équipes à repérer ces effets et à…

Un service numérique peut sembler immatériel, mais sa conception mobilise des terminaux, des réseaux, des serveurs et des ressources énergétiques. Le référentiel général d’écoconception des services numériques, ou RGESN, aide les équipes à repérer ces effets et à agir dès le cadrage.

Sa version 2, mise à jour le 28 mai 2024, rassemble 78 critères organisés en neuf thématiques. Pour l’utiliser efficacement, il faut relier ses recommandations aux besoins des utilisateurs, aux choix techniques et au suivi de l’impact environnemental.

À retenir :

  • 78 critères pour guider une conception responsable des services numériques
  • Neuf thèmes couvrant stratégie, interface, infrastructure et algorithmie
  • Priorité aux besoins réels, à l’accessibilité numérique et à la durabilité
  • Déclaration publique pour documenter les choix et les améliorations

Comprendre le référentiel général d’écoconception numérique

Parce qu’un service sobre se conçoit avant le développement, le RGESN commence par interroger son utilité et ses objectifs. Selon l’Arcep et l’Arcom, sa version 2024 prolonge les travaux engagés en 2022 et a été élaborée avec l’ADEME.

Un cadre commun pour les services numériques

Le référentiel couvre les sites web, les applications, les logiciels, les interfaces de programmation et les services reposant sur l’intelligence artificielle. Il s’adresse aux métiers du produit, du design, du développement, de l’architecture, des achats et de la responsabilité numérique.

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Les neuf thèmes suivent les grandes étapes de conception et d’exploitation : stratégie, spécifications, architecture, UX/UI, contenus, frontend, backend, hébergement et algorithmie. Cette organisation aide une équipe à examiner les décisions depuis le besoin initial jusqu’au fonctionnement quotidien.

La loi REEN a confié à l’Arcep et à l’Arcom la définition du référentiel, en lien avec l’ADEME. Une consultation publique et des ateliers avec des professionnels et des représentants de la société civile ont nourri son élaboration.

Des objectifs qui dépassent la consommation électrique

La sobriété numérique ne consiste pas seulement à réduire l’énergie consommée lors de l’utilisation. Elle cherche aussi à limiter la fabrication et le renouvellement des équipements, les transferts de données et le stockage prolongé d’informations inutiles.

Selon le RGESN, l’évaluation doit considérer le cycle de vie du service et, lorsque les données le permettent, des indicateurs comme l’énergie, les émissions de gaz à effet de serre, l’eau et les ressources minérales. Cette approche évite de déplacer un impact d’une étape à une autre.

Avant de comparer les choix techniques, une équipe peut situer les principaux leviers dans le cadre proposé par le référentiel.

Repères du référentiel numérique :

  • Stratégie et spécifications : utilité, publics et exigences du projet
  • Architecture et hébergement : composants, serveurs et ressources partagées
  • UX/UI et contenus : parcours, médias et maîtrise des usages
  • Frontend, backend et algorithmie : échanges, stockage et calculs
Thème Question de conception Exemple de preuve
Stratégie Le service répond-il à un besoin établi ? Étude des besoins et justification de l’utilité
UX/UI Les parcours évitent-ils les usages forcés ? Tests d’interface et options de contrôle
Hébergement Les impacts des centres de données sont-ils suivis ? Indicateurs et engagements de l’hébergeur
Algorithmie Les calculs sont-ils proportionnés au besoin ? Suivi des ressources et justification du modèle

Appliquer le RGESN dès la stratégie et la conception

Une fois les thèmes identifiés, le travail commence par le besoin : une fonctionnalité inutile consomme du temps, des données et des ressources. Selon le référentiel, l’équipe doit examiner les alternatives, les bénéfices attendus et les éventuels effets rebond.

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Définir le besoin et les publics concernés

Une équipe qui prépare un portail de démarches peut, par exemple, vérifier si un outil existant répond déjà aux attentes. Entretiens, observation des usages et analyse de l’existant permettent de définir les publics prioritaires plutôt que d’ajouter des fonctions par précaution.

Cette recherche soutient aussi l’accessibilité numérique : connaître les équipements, les connexions et les pratiques des utilisateurs aide à éviter un service trop exigeant. Le référentiel recommande notamment de tenir compte des terminaux anciens et des connexions de faible débit.

Diagnostic des besoins du service :

  • Utilité démontrée au regard des besoins et des solutions existantes
  • Publics primaires et secondaires identifiés par une recherche documentée
  • Fonctionnalités essentielles distinguées des options secondaires
  • Risques d’effets rebond examinés avant la mise en œuvre

Fixer des exigences durables et vérifiables

Le cadrage peut préciser les matériels compatibles, les contraintes de réseau et les objectifs de performance énergétique. Le RGESN préconise notamment de tester les fonctionnalités critiques sur des équipements anciens et de documenter les conditions minimales d’accès.

La conception responsable implique également de prévoir une revue régulière, des indicateurs adaptés et une déclaration d’écoconception accessible. En pratique, une équipe peut y consigner les décisions, les résultats de tests et les améliorations planifiées, sans prétendre qu’un indicateur unique résume tous les impacts.

Ces exigences prennent toute leur valeur lorsqu’elles se traduisent en choix concrets dans l’interface, le code et l’hébergement.

Critères de cadrage à formaliser :

  • Configuration minimale des terminaux et navigateurs supportés
  • Objectifs de réduction des transferts et des ressources mobilisées
  • Rythme des revues et responsabilités de suivi
  • Contenu et emplacement de la déclaration d’écoconception
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Réduire les ressources pendant l’usage et l’hébergement

Les exigences de conception guident ensuite les décisions techniques qui influencent les usages quotidiens. Selon l’ADEME et l’Arcep, les équipements utilisateurs représentent une part importante de l’empreinte du numérique, ce qui rend leur durée d’utilisation particulièrement pertinente.

Alléger les interfaces et les échanges de données

Un site peut réduire les transferts en compressant ses fichiers, en mettant en cache les ressources utiles et en évitant les requêtes répétées. Une image adaptée à sa taille d’affichage ou une vidéo sans lecture automatique évite de mobiliser inutilement le réseau et le terminal.

Le RGESN encourage aussi le chargement à la demande, les composants natifs et des parcours centrés sur les fonctions réellement utilisées. Ces choix améliorent souvent la rapidité perçue, tout en préservant l’accès aux contenus et la qualité d’usage.

Le tableau ci-dessous distingue des leviers applicables côté interface et côté infrastructure, sans confondre réduction de données et réduction de tous les impacts.

Zone Levier d’écoconception Contrôle possible
Images Formats efficaces et dimensions adaptées Examiner poids, format et affichage sur plusieurs écrans
Requêtes Cache et suppression des appels redondants Mesurer les échanges lors des parcours essentiels
Vidéos Lecture à la demande et qualité adaptée Vérifier les réglages par défaut et le mode sobre
Serveurs Ressources ajustées à la demande réelle Comparer ressources allouées et ressources consommées

Documenter l’hébergement et les choix algorithmiques

Un hébergeur peut communiquer des indicateurs comme le PUE, le WUE, la consommation d’énergie et la gestion de ses équipements. Le référentiel invite à examiner les méthodes de calcul et les engagements associés, plutôt qu’à se fier à une simple promesse environnementale.

Pour un service d’intelligence artificielle, l’équipe doit d’abord vérifier que l’apprentissage est nécessaire. Si un modèle est justifié, elle peut privilégier une méthode proportionnée, réutiliser un modèle existant et suivre les ressources employées pendant l’entraînement et l’inférence.

Suivi de l’exploitation numérique :

  • Indicateurs environnementaux définis et méthode de mesure expliquée
  • Ressources d’hébergement alignées sur la demande du service
  • Données conservées selon des durées justifiées et documentées
  • Modèles algorithmiques proportionnés aux besoins des utilisateurs

Le RGESN fournit aussi des outils d’évaluation au format tableur et des exemples de déclaration en formats bureautiques. Ils facilitent le suivi des critères, mais leur application reste à adapter à la nature du service et à ses contraintes.

Source : Arcep et Arcom, « Référentiel général de l’écoconception des services numériques », version 2, 28 mai 2024 ; ADEME et Arcep, étude sur l’empreinte environnementale du numérique.

À retenir

L'informatique, un socle en perpétuelle évolution

Qu'il s'agisse des fondamentaux, de la cybersécurité, du cloud ou de l'intelligence artificielle, les notions informatiques continuent d'évoluer pour refléter les usages réels du public et des organisations. Comprendre ces mécanismes permet de mieux appréhender ce que représente vraiment la transformation numérique aujourd'hui.

Pour aller plus loin

  • Distinguer les couches matérielles, logicielles et réseau avant de tirer des conclusions hâtives
  • Se référer à des sources techniques fiables plutôt qu'à des raccourcis non vérifiés
  • Garder une veille technologique régulière (IA, quantique, cybersécurité)
  • Garder à l'esprit les enjeux éthiques et environnementaux du numérique